STOUL

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« J’ai envie de me tourner vers l’abstrait et la matière »

Stoul a atteint un tournant de sa carrière artistique : elle transforme ses fameux personnages féminins en passant à des dessins géométrisés. L’artiste entre dans un nouveau monde, qu’elle présentera à partir du 20 novembre au Lavo Matik.

La création est son moyen d’expression. Peu bavarde, Stoul cache derrière son silence un immense univers. Chez elle, la vocation artistique a commencé très jeune. Après s’être formée aux métiers d’art à l’école Boulle, de Paris, Stoul sort des sentiers battus. Elle vadrouille de squats en squats, où elle enchaîne les rencontres artistiques. Finalement, elle arrive au 59 rivoli (bâtiment regroupant plusieurs ateliers d’artistes). Les galeries l’y repèrent, c’est le début de sa professionnalisation. Aujourd’hui, Stoul crée principalement dans son atelier, à Montrouge, où elle continue d’explorer les sujets et les techniques.

Comment est né ton personnage féminin ?

Au départ je dessinais principalement des chats, habillés, coiffés et avec des humeurs comme des humains. Puis, petit à petit ces chats se sont transformés en femmes. L’élément déclencheur a été le décès de ma grand-mère, en 2005. Je me suis plongée dans ses affaires et j’ai ressenti la nostalgie d’un temps que je n’ai pas connu : le début du XXème siècle, avec ses perles et ses dentelles… Je me suis intéressée à l’histoire des costumes féminins. J’ai alors commencé une série vintage, où j’ai mixé les tenues pour habiller mes personnages.

Pourquoi as-tu décidé d’utiliser des formes géométriques dans tes nouvelles créations ?

Je commence à avoir fait le tour de la mode, y compris la mode un peu futuriste. Et puis je suis devenue maman, j’ai eu envie de m’adresser à mon fils, au futur, au masculin. L’idée de la géométrie s’y prête bien, avec des formes plus dures et des couleurs plus franches.

Comment cela se traduit-il dans tes œuvres ?

On m’a dit que mes personnages étaient très reconnaissables avec leur nez en croix et leurs longs cils. Je cherche à faire disparaître ce personnage en le géométrisant. Mais j’ai gardé les longs cils pour laisser un repère dans l’œuvre. Géométriser la base figurative permet de brouiller les pistes pour que chacun puisse imaginer quelque chose d’autre que le dessin de base. Je ne suis pas encore passée au totalement géométrique, cela m’arrive toujours de faire des personnages avec de la peau. Au niveau des couleurs, j’utilise les teintes vives et pures du cercle chromatique ou des gris,  et il y a toujours au moins une couleur métallique pour la lumière.

Quels sont tes prochains projets ?

J’ai envie d’explorer la 3D, la sculpture, de me tourner plus vers l’abstrait et la matière. Dans ce cas, je continuerai à travailler avec des formes géométriques. Pourquoi pas un jour travailler le métal aussi. Cela me permettrait de réutiliser les machines et les techniques que j’avais apprises à l’école Boulle.

Que va découvrir le public lors de ton exposition au Lavo Matik ?

Je ne préfère pas trop en parler pour laisser la surprise ! Tout ce que je peux dire c’est que ce travail est le fruit de ma réflexion que j’appelle « ORU », signifiant « plier » en japonais, racine du mot « origami ». C’est aussi l’abréviation d’un terme employé dans la politique de la ville : « Opération de renouvellement urbain ». L’architecture des nouveaux bâtiments m’interpelle, ses composants en lignes et en matières, les couleurs. Les thématiques que j’aborde dans mes œuvres présentées au Lavo Matik font concrètement le parallèle avec ma pratique, les outils que j’utilise et la ville. Ce travail est une évolution vers un nouveau dialogue graphique et plastique entre l’humain et la ville.

Propos recueillis par Delphine Proust

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