Doudou Style

Doudou Style

« On est dans une société qui a besoin de mettre les gens dans des cases »

Le panda est devenu le personnage emblématique de Doudou Style, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est qu’il représente une sorte de « thérapie » pour elle. Le pire, c’est que le public l’enferme dans ce personnage.

Doudou Style, c’est d’abord un condensé d’énergie. Cette artiste à la bonne humeur communicative est tombée très jeune dans l’art. Hormis une année de préparation aux écoles d’art, elle a acquis son coup de crayon en autodidacte. Puis, en 2006, elle fait ses premières rencontres avec le graff en intégrant la Wild Familya Crew. Aujourd’hui, elle évolue au sein de l’AnArtchik crew avec le projet Photograffée, un concept artistique mêlant les photos d’Alex Perret et l’imaginaire de quatre graffeurs : Caligr, Djalouz Pesca et Doudou Style. L’artiste possède plusieurs autres cartes, comme son entreprise de décoration Feel’ink Custom ou l’animation d’ateliers graffiti avec des enfants.

Comment as-tu commencé à peindre des pandas ?

A la suite d’une rupture amoureuse. Le premier c’était sur un terrain avec Vinie et Réa. J’ai remarqué que cela m’apaisait. Les pandas sont une espèce de thérapie pur moi, surtout par rapport à leur regard. Leur expression me permet de transmettre une émotion. Plus tard, j’ai lu la légende chinoise autour du panda. C’est l’histoire d’un ours blanc sauvé par une petite fille qui est morte dans le sauvetage. Tous les membres de la communauté de cet ours ont pleuré la petite fille pendant des mois. A force de s’essuyer les yeux, de se boucher les oreilles pour ne pas entendre les autres pleurer et de se prendre dans les bras des uns et des autres, pour se consoler, cela a laissé des marques noires. Cette histoire m’a parlé car j’ai perdu mon père jeune et qu’à ce moment je vivais la rupture comme un deuil. La fin d’une histoire. Finalement, c’est une histoire transformée de façon positive et colorée car je pense qu’il faut savoir retenir les belles choses du passé. Et j’aime voir la tête des gens qui aiment mes pandas. Ça fait du bien de transmettre un peu de douceur, il y a tellement d’horreurs autour de nous…

Quels sont tes autres univers ?

Avant je faisais beaucoup de nus en noir et blanc avec une touche de rouge, proche du photoréalisme. Je travaillais sur la douceur et la féminité. C’est un style que j’ai laissé de côté depuis que j’ai commencé ma série de pandas. Je travaille pour le projet Photograffée. J’ai pas trop le droit de faire des pandas avec eux (rires). J’en place de temps en temps pour les embêter mais comme ils savent ce que je peux faire d’autre, ils préfèrent que j’exploite mes autres registres. Du coup je travaille beaucoup autour des enfants, parce qu’avec eux tout est possible. Dans ma vie professionnelle, je fais de la décoration intérieure et extérieure, cela m’amène à peindre beaucoup de choses allant du portrait au paysage. Bien que le public m’associe plus aux pandas, je m’épanouis dans d’autres univers.

Te sens-tu enfermée dans ce personnage?

Personnellement je ne me trouve pas enfermée dans ce personnage mais les gens m’enferment dedans. Sur ma nouvelle carte de visite, j’ai choisi de présenter une sorte d’autoportrait inspiré d’Erykah Badu [une chanteuse américaine de soul, NDLR]. On m’a dit « mais t’as pas mis de panda, c’est ta marque de fabrique ». Je pense qu’on est dans une société qui a besoin de mettre les gens dans des cases et quand ils ne peuvent pas t’en attribuer une, ils sont perdus. Mais moi j’ai plein de cases (rires) !

Comptes-tu aller explorer d’autres univers artistiques ?

Oui, j’ai un peu l’impression d’atteindre mes limites. Et puis j’ai besoin de changement, de nouveaux défis, de réapprendre tout le temps. Le panda me correspond, mais il y a d’autres choses qui vont arriver. Je ne sais juste pas encore quoi. Pour l’instant je fais des œuvres très réalistes, j’ai envie de raconter des histoires. Cette installation à Montreuil [celle de la vidéo, NDLR] m’a permis de faire le point, de voir un peu où j’en suis. Smerg, un artiste graffeur, plasticien, a collaboré avec moi sur cette création. Un travail à quatre mains, deux savoir-faire. Je vais d’ailleurs travailler plus autour des installations. Cela me permet de donner une nouvelle évolution dans mon travail et de plonger le spectateur dans un univers.

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