DAN23

DAN23

« C’est vraiment l’humain qui m’intéresse »

Dan23 est un artiste engagé. Il refuse d’accepter le monde tel quel et croit en l’Homme pour changer les choses. Une philosophie de vie qu’il a incorporée à son art. Un art qu’il exprime principalement à Strasbourg.

Le 3 décembre tu as sorti un deuxième livre, de quoi traite-t-il ?

Ce livre traite uniquement de ce que j’ai fait les neuf dernières années à Strasbourg. J’y explique les thèmes sur lesquels je travaille et les différentes étapes de mon cheminement artistique. En 2006, j’ai ouvert une galerie et je me suis rendu compte que les gens n’en passent pas la porte, je me suis dit qu’il fallait que je fasse des choses à l’extérieur. J’ai alors fait du live painting sur scène pendant des concerts. J’ai commencé mon apprentissage du street art par le collage, mais ce que je réalisais était très vite enlevé des murs de la ville. Puis je suis passé au pochoir, en cachant son aspect ciselé en incorporant différents médiums comme l’acrylique et l’encre.

Comment se positionne Strasbourg vis-à-vis du street art ?

C’est une ville qui a une politique répressive envers les graffeurs depuis 2005, date de la mise en place de la ligne TGV. Mais, depuis quelques années, les choses changent. Une galerie de street art a ouvert, un hôtel a fait repeindre ses chambres par des artistes et a réellement communiqué dessus. Petit à petit les politiques ont commencé à lâcher prise. Dès qu’il y aura des façades pérennes à Strasbourg ce sera vraiment bon. Quand je vais poser une peinture, elle a une durée de vie d’une semaine maximum, la ville repeint tout très rapidement. Un gros festival de street art va se dérouler à Strasbourg, du 3 au 23 décembre prochain. Cela marque le changement.

Quelles sont les différentes thématiques sur lesquelles tu travailles ?

Il y en a six principales : trois consensuelles et trois contestataires. D’abord il y a la musique, qui est le point de départ de tout mon travail. A la base je peignais sur scène donc c’est une atmosphère que je retranscris. Mes portraits, par exemple, sont toujours très lumineux et mes peintures portent le nom d’une chanson.
La deuxième thématique est une réaction aux médias, qui ont tendance à présenter l’homme comme un loup. En opposition je peins des figures positives comme Ghandi ou Mandela.
Pour la troisième, ce sont des gens que j’ai rencontré, qui font partie de ma vie et qui m’ont aidé à me construire.

Et concernant les facettes contestataires de ton travail ?

Elles viennent d’une prise de conscience après que la France se soit engagée en Lybie et l’affaire Dieudonné. Je n’ai pas compris qu’on ne puisse pas dire qu’on regardait un sketch de Dieudonné sans se faire traiter d’antisémite. Chacun a ses propres idées et ce n’est pas un sketch qui va changer ma manière de penser. Et puis c’est dans le débat d’idées qu’on construit une démocratie. Je me suis dit que c’était le moment de l’ouvrir.
La première facette s’appelle Open your eyes. J’ai fait des yeux partout pour inciter les gens à ne pas forcément suivre le discours dominant des médias mais plutôt à se faire leur propre opinion sur le monde qui les entoure.
Puis vient « Indignation ». Si tu ouvres les yeux, forcément tu te rends compte de plein de choses : que si y’a telle guerre, c’est qu’il y a des raisons économiques derrière, que les richesses sont mal réparties… Pour cela j’ai associé des personnages à des slogans.
La dernière tourne autour de l’écologie, du monde animal. J’ai lu qu’en quarante ans, 50% des espèces ont disparu. Je veux faire passer des messages politiques mais pas agresser les gens donc j’utilise des images douces, comme deux gamins qui jouent avec des dizaines d’animaux autour.

« Tout un chacun peut s’insurger »

Le public est-il réceptif à ces œuvres revendicatives ?

Les gens ne sont pas plus réceptifs que si je faisais une autre peinture mais j’ai besoin de le faire, besoin d’extérioriser, même si je sais que je me fais des ennemis (rires) ! Je participe à pas mal de festivals de street art et j’en parle autour de moi. Dans ce milieu, il n’y a vraiment que Bansky qui remue la merde. C’est décevant qu’il n’y ait pas plus d’actions fortes mais non, on préfère dessiner des petits chiens, des petits chats, des petits oiseaux…

Le prends-tu comme un devoir, compte tenu de ta notoriété, de faire passer ces messages ?

Oui mais tout un chacun peut s’insurger. On est capable de se révolter sur un événement mais on devrait le faire pour tout. Je ne crois pas aux politiques mais je crois aux citoyens ! J’en viens à penser de cette manière parce que j’ai des enfants et j’espère qu’ils ne feront pas nos erreurs, qu’ils auront une prise de conscience. Tu peux le faire à ton niveau, sur Facebook en partageant des pétitions ou des liens d’articles.

Une vision que tu appliques aussi à l’après attentats du vendredi 13 novembre…

C’est à nous de réagir ! Je sens bien que les politiques prennent le chemin qu’il ne faut pas, sans nous consulter, comme d’habitude. On part en guerre contre le terrorisme mais ce n’est pas en balançant des bombes que tu construis un état démocratique. C’est à nous, citoyens, d’avoir un message solidaire pour un changement de la politique extérieure française. Depuis qu’on est allé foutre la merde en Iraq, en Libye et en Afghanistan, dans ces pays c’est le chaos total, il y a encore plus de terrorisme. Je comprends qu’il y ait énormément de gens qui deviennent virulents depuis ces événements mais il faut prendre du recul, réfléchir sur la situation dans sa globalité. En réagissant sous le coup de l’émotion, les gens vont dire oui à des choses qui remettent en cause nos libertés.

Propos recueillis par Delphine Proust

Interview publiée sur notre site le 25 novembre 2015.

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