Ourcq living colors : «Un prétexte pour maintenir le tissu social»

Ourcq living colors : «Un prétexte pour maintenir le tissu social»

Le festival de street art fête ses 10 ans. S’il ne se déroule de manière officielle que depuis 2013, cela fait bien plus longtemps que des artistes ont investi le décor du XIXe arrondissement. Da Cruz, son créateur, nous parle de l’évolution de cet événement.

Comment est né le festival Ourcq living colors ?

L’idée de créer ce festival est née d’une logique d’anticipation de la transformation du quartier.  Je suis moi-même issu du XIXe arrondissement, à Ourcq, et je l’ai vu évoluer. L’idée c’est de travailler sur la mémoire de ce qui est en train de changer, d’accompagner la transformation. Les gens s’habituaient à n’être entourés que par des constructions, des destructions, ils ne voyaient même plus ces travaux, ils ne voyaient plus les bâtiments disparaître, entrainant le départ de certains et l’arrivée de nouvelles personnes. Le fait d’avoir peint ces murs les a rendus visibles à nouveau : les habitants étaient déçus de voir les fresques disparaitre sous les tractopelles. Les oeuvres d’Ourcq living colors ne sont qu’un prétexte pour maintenir le tissu social pendant les travaux.

Comment ont réagi les habitants du quartier les premiers temps ?

Evidemment, il y a eu des réticences, parce qu’on parle des années 2005/2006. Les gens n’étaient pas habitués à nous voir intervenir dans la rue, comme ça, en pleine journée. Les premières années, il y avait une partie de pédagogie à réaliser in situ. Aussi bien avec les gamins que les petites mamies, on échangeait un petit mot avec eux pour leur expliquer ce qu’on faisait et pourquoi. Au début, ça a créé une sorte de surprise mais rapidement on a été soutenu par une très large majorité et le festival s’est déroulé en freestyle pendant sept ans, en ayant l’aval de la population. En 2013, on est passé en mode administratif, on a créé une association pour continuer le festival de manière officielle.

Au cours des premières éditions, les habitants du quartier étaient intrigués par le travail des street artistes. Crédit : D.R.

Au cours des premières éditions, les habitants du quartier étaient intrigués par le travail des street artistes. Crédit : D.R.

Qu’est-ce que l’officialisation du festival a changé dans l’événement ?

En termes d’atmosphère, ce n’est pas perceptible par les gens. Encore aujourd’hui, ce lien avec la population reste l’ADN du festival. On est très actif avec les associations du quartier. D’ailleurs des œuvres réalisées avec deux écoles et une maison de retraite seront présentées. Ce n’est pas la partie la plus bling bling de l’événement mais, à nos yeux, c’est quand même important à mener. Ce qui a changé, c’est que ça nous a rajouté beaucoup plus de travail. Pour obtenir les autorisations, on se retrouve face à des machines administratives poussiéreuses qui ralentissent tout.

Qui sont les artistes qui ont participé à Ourcq living colors ?

Sur le tout début, on était entre cinq et dix artistes qui réalisaient des freestyles dans le quartier. Gilbert 1, C215, Artof Popof, Seize, Thomas Canto ont, par exemple, fait partie des premiers mouvements spontanés. Et puis les artistes se sont diversifiés. On a eu des artistes étrangers qui sont passés, de tous les continents, cela a été l’occasion de leur montrer une autre facette de Paris. En tout, en dix ans, entre 80 et 100 artistes sont passés sur le territoire.

Quel est le programme de cette dixième édition ?

Cette année, on a une sélection assez ambitieuse : Mosko, Shaka, Katre, Kan, Marko 93, Hopare… C’est un peu un hommage à l’école parisienne du street art au sens large, comprenant aussi la banlieue. On va repeindre la fresque rue Germaine Tailleferre, qui date de 2013. Cela a laissé le temps aux habitants de s’approprier les œuvres mais maintenant on va la mettre à jour parce qu’elle se dégrade aussi avec le temps. Et puis, on aura une trentaine de photos accrochées et collées, dispersées sur le parcours, présentant les interventions d’artistes au cours des dix années d’Ourcq living colors.

Marko 93, un habitué du festival, fait partie des artistes qui célébreront les dix ans d'Ourcq living colors.

Marko 93, un habitué du festival, fait partie des artistes qui célébreront les dix ans d’Ourcq living colors (sur cette photo, une partie de la fresque réalisée en 2015). Crédit : D.R.

Ourcq living colors, 4 et 5 juin, rue Germaine Tailleferre (XIXe arrondissement). Pour aider l’association Cultures pas sages à boucler son budget du festival, c’est par ici !

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